TRADUCTION DE L'ARTICLE DE MOTO-STORICHE
(en essayant d'être au plus près du texte et en laissant aux auteurs, à une date près - 73 que j'ai remplacé par 72 dans le chapitre sur les années de compétition* - , la responsabilité de ce sympathique article. Qu'ils veuillent bien m'excuser si mon italien approximatif a pu trahir leurs propos)
Mai 2007, départ pour la coupe Moto Légende à Dijon.
L'enthousiasme est grand, le rendez-vous est de ceux qui, pour un passionné, ne peuvent être manqués : plus de mille motos en piste, de toutes les époques et de toutes les catégories, des cinquante cm3 aux motos de grand prix.
Passé le Mont-Blanc, nous faisons notre halte habituelle à la station-service de Bonneville, un nom et tout un programme. Nous nous arrêtons ici pour le plaisir. Le poulet à la broche y est bon mais c'est surtout pour l'enseigne, elle nous donne des frissons. Chaque année on se dit que cette fois c'est la bonne, que l'été prochain, nous aussi, nous irons dans l'UTAH voir les bolides foncer à 500 km/h sur le Lac Salé.
Nous avons déplié la carte de France. Le geste est parfaitement inutile car les indications pour Dijon tout au long de la route sont très claires (sans compter que nous pourrions y aller les yeux fermés tellement nous connaissons le parcours). Mais il fait partie de ces gestes qui sont partie intégrante d'un voyage, pourquoi s'en priver ?
L'œil suit le trajet quand tout à coup, au milieu de tous ces noms complètement anonymes, un nom provoque une étincelle dans le tréfonds de notre mémoire : Saint-Julien en Genevois, allez savoir pourquoi, ce nom nous dit quelque chose.
Nous repartons avec une étrange sensation. A peu de kilomètres nous avons failli manquer la sortie. Les neurones avaient beau s'agiter dans nos têtes nous ne trouvions pas la solution. Quand, juste avant la sortie fatidique, est arrivé le déclic sous la forme d'une image toute verte. Bon sang, mais c'est bien sûr ! nous passons à côté de Godier Genoud !
Ce nom ne doit pas dire grand chose à la nouvelle génération, mais pour celui qui a vécu, motocyclistement parlant, les années 70, les initiales " GG " exercent une fascination toute particulière. Messieurs Godier et Genoud, pilotes prestigieux sont devenus de grands préparateurs et constructeurs de motos d'endurance.
En arrivant devant le bâtiment et sa grande façade verte, la couleur qui identifie l'entreprise et ses motos, l'émotion est à son paroxysme.
Ne nous emballons pas. Il est tard et tout semble fermé. Seraient-ils déjà partis pour Dijon ?
Nous tournons la poignée et … la porte s'ouvre ! Miracle ! Nous voilà déjà avec un pied chez Godier Genoud. La suite va en être un de plus. Commence ici à vrai dire le rêve de tout passionné, connaître en personne un protagoniste, lui parler et avoir tout loisir d'admirer ses chef-d'œuvres. Ainsi nous a reçu " il signore " Alain Genoud, qui, malgré la pression des ultimes préparatifs de la coupe Moto Légende, s'est trouvé amusé à l'idée que nous nous soyons en quelque sorte invités pour une visite guidée.
Nous découvrons ainsi que l'équipage Godier-Genoud a connu son heure de gloire dans les années 70 quand avec leur préparation d'une Kawasaki, ils sont devenus champions d'endurance.
Il y eut ensuite la période plus difficile des années 90, lorsque les Kawasaki furent suffisamment au point pour ne nécessiter que des interventions limitées.
Le mois de mars 1993 fut le moment le plus tragique avec la disparition, dans un accident, de Georges Godier, l'ami et l'associé des vingt années passées.
Mais avec les années 2000 l'entreprise a pu repartir en se spécialisant dans la restauration des superbes machines qu'elle avait réalisées par le passé, en participant à d'importantes manifestations sur piste et en réalisant des répliques de ses plus prestigieux modèles.
La gentillesse de monsieur Genoud est extraordinaire. Alors que nous apprêtions à prendre congé, pensant avoir déjà largement abusé de son précieux temps, il nous invite à dîner !
C'est ainsi que la soirée s'est poursuivie, un verre de Kir royal à la main, à parler encore et encore de motos. Les amis ne nous croiront jamais … Merci Alain !
Godier Genoud : les débuts, la compétition
Tout commença en 1968 au moment de la rencontre entre Alain Genoud et Georges Godier, tous deux jeunes passionnés de motos. Ils avaient à ce moment respectivement 24 et 28 ans. Leurs deux routes devaient se croiser : Alain achète la 450 Honda de Georges suite à la lecture d'une petite annonce. Leurs carrières sont alors très éloignées, le seul point commun étant la ville de Genève. Georges est le seul à s'occuper de motos comme mécanicien dans une concession Honda. Alain, lui, est barman dans un hôtel-restaurant de luxe. Une galérienne est cette CB 450 qu'Alain utilise comme base pour prendre part au championnat de la montagne. Et avec des résultats excellents puisqu'il a fini la saison 69 en seconde position.
Du coup les ambitions sont montées d'un cran et Alain s'inscrit en 70 au championnat d'endurance, populaire et très suivi en France, comme le sont chez nous les Grands Prix.
Sur la piste les deux jeunes se rencontrent à nouveau et vont décider de mettre sur pied un team, de dimension réduite certes, mais plus structuré que celui qu'ils pourraient avoir chacun de leur côté. La moto du moment est une 750 Honda, récupérée après un accident. Ils en retirent le moteur pour l'installer dans un cadre monopoutre bien plus efficace réalisé par le spécialiste suisse Frantz Egli. Le rôle de chacun est bien précis : Alain s'occupe de l'organisation et des inscriptions, Georges de la mécanique.
Tout le monde à son poste donc ? Pas tout à fait ! Car entre-temps ils ne sont toujours pas devenus milliardaires. Pour pouvoir poursuivre cette coûteuse aventure les deux doivent continuer à travailler, Alain au restaurant avec un rythme de fou, Georges comme mécanicien tenu par un travail à temps plein.
La passion pourtant permet de déplacer des montagnes et avec l'année 72 arrivent les premières satisfactions en course : victoire aux 1000 km de Zolder, seconde place au Bol d'or, troisième à Mettet et cinquième à Montjuich. Du coup ils gagnent le championnat d'Europe d'endurance.
74 commence au contraire un peu moins bien. Le métier de barman, s'il contribue en partie à l'équilibre des finances, ne laisse pas suffisamment de temps pour la préparation de la moto. Et puis le soutien d'Honda est faible, que ce soit du côté de la concession où travaille Georges, qui pense que son engagement en course est comme de la " fumée dans les yeux ", ou du côté de Honda France.
Contre toute attente le soutien moral, technique et financier va venir de la concurrence. La SIDEMM, importateur Kawasaki en France, va leur fournir le 4 cylindres de la Z1. Le championnat commence dès lors avec une nouvelle moto, toujours équipée du cadre Egli.
Les résultats suivent avec trois victoires, au Bol d'or, aux 24h de Barcelone et aux 1000 km de Mettet . Avec au bout une seconde victoire au championnat d'Europe d'endurance.
L'année 1975 s'ouvre ainsi sous les meilleurs auspices. La SIDEMM profitant de la publicité apportée par les succès de l'équipage décide d'investir dans une moto complètement nouvelle. Le projet va sortir des mains savantes d'un ingénieur de grande valeur, Pierre Doncques, grand ami de Georges.
Le travail est exceptionnel, la " 75 " (Voir encadré ci-dessous) est un concentré de solutions techniques révolutionnaires et malgré une adversité importante ils purent fêter en fin d'année leur troisième victoire en championnat d'Europe.
Avec cette victoire va se fermer le chapitre de leur association première en compétition. Le championnat commence à sourire à Honda qui, exaspéré par la domination de Kawasaki et de l'équipe Godier-Genoud, a décidé d'intervenir en force avec une machine ultra sophistiquée, la 1000 RCB, contre laquelle il est impossible de lutter à moins de consentir des investissements de la même importance. Un peu trop pour les " petits " Godier et Genoud, qui dans les années 76 et 77 arrêtent leur carrière de pilotes pour devenir préparateurs auprès de Kawasaki-France. Mais la Honda va gagner ces deux années, ce qui poussera Kawasaki-France à fermer son département course.
Les Godier Genoud de route
" Godier Genoud " ne signifie pas seulement motos de compétition, l'entreprise française est également reconnue pour ses préparations de Kawasaki de route. Les modifications concernent aussi bien les moteurs que la partie cycle. Concernant le moteur, une augmentation de cylindrée et l'allègement de pièces diverses sont proposés. Plusieurs éléments spécifiques viennent ensuite rendre la partie cycle plus efficace. Ils interviennent également sur l'esthétique, avec une nouvelle coque qui comprend la selle, le réservoir et le dosseret arrière. Un carénage complet est également disponible. Dans les années 80 ils travaillent essentiellement sur la GPz 900 R et sur la GPX 1000 RX. Dans les années 90 les modifications vont porter sur la 1100 ZZR et sur la 750 ZXR.
Un des modèles qui a connu un grand succès est la 1135 R, réalisée en 1982 sur la base de la Kawasaki 1000 J. 250 exemplaires ont été réalisés dont 40 sont partis au Japon.
Godier Genoud aujourd'hui
L'entreprise est active. Elle effectue des restaurations de ses propres modèles réalisés dans les années 80 et 90 et prépare aussi une série de répliques. Mais la passion pour la compétition reste forte et Alain Genoud a monté le team " 2G2C " dans lequel 2C signifie Classic Compétition. Chaque année Alain prend part à la coupe Moto Légende à Dijon (anciennement à Montlhéry), sur sa propre " GG " bien sûr.
Et il y a ensuite la société " AG Diffusion " pour la vente des pièces spéciales avec un catalogue de produits capable de faire tourner la tête de tous les kawasakistes amateurs de tuning.
* se reporter pour 73 à l'historique Godier Genoud du site. Il y eut de la casse cette année là.
La mythique " 75 "
Il n'y a aucun doute, la plus extraordinaire de toutes les prestigieuses réalisations Godier Genoud c'est elle, la " 75 ". Grâce à l'apport financier de Kawasaki-France, par l'intermédiaire de la SIDEMM, il fût possible en 1975 de partir d'une feuille blanche afin d'améliorer les productions d'Akashi déjà existantes.
L'artisan du projet est Pierre Doncques (professeur d'IUT), qui se mit au travail sur les instructions des mêmes Godier et Genoud. La nouvelle machine devra être bien sûr efficace sur la piste mais pas seulement. Compte tenu que sa destination est l'endurance elle devra aussi tenir compte des exigences spécifiques à ce type de compétition. Par exemple garantir une accessibilité maximale du moteur sans avoir à le sortir du cadre. Le changement de roues également doit être le plus rapide possible. Le résultat du projet de Doncques est exceptionnel et la " 75 " se révèle être un condensé de solutions extrêmement sophistiquées. Important est encore l'emploi de l'électronique, une des premières applications en compétition. Le cadre est fabriqué en tubes d'acier au chrome-molybdène qui forment une structure périphérique autour du moteur. Cette configuration garantit une rigidité et une résistance à la torsion élevées et permet une grande accessibilité aux carburateurs et au haut moteur en cas de nécessité durant la course. La fourche est en tube d'acier avec un pontet en renfort. Pour abaisser le centre de gravité et bien répartir les masses le réservoir est disposé juste en dessous de la selle. Extraordinaire pour l'époque est la solution choisie pour la suspension arrière qui utilise un mono amortisseur progressif De Carbon.
L'ensemble selle-réservoir est d'un seul tenant réalisé en feuille d'aluminium. Il peut être installé rapidement grâce à des attaches rapides en caoutchouc. Les axes de roues ont été étudiés pour faciliter les changements. Les bouchons de remplissage du réservoir sont du type rapide en provenance de l'aéronautique. Les demi-bracelets sont facilement démontables. Faciles à changer également, les pédales, autres composants exposés en cas de chute malencontreuse. Fondamentale est aussi l'accessibilité de la batterie en compétition, elle est logée dans le réservoir, juste derrière l'axe de direction. Les jantes des roues, construites par la société française JPX, sont en magnésium. Arrivé à ce moment de la description le moteur est de loin l'élément le plus traditionnel. La base de départ est un 4 cylindres Kawasaki du type Z1, réalésé à 1000 cm3. Naturellement s'y ajoute une préparation particulière : la puissance maximum de 82 CV du modèle de série est portée à 103 CV sur la version " GG ". La préparation a commencé par un réexamen de toutes les pièces, des pistons aux bielles, des soupapes aux ressorts. Le rapport de compression passe de 8,5 : 1 à 10,5 : 1.
De la Z1 de série ne restent que la boite de vitesses et l'embrayage. L'échappement est un 4 en 1 réalisé spécialement par le spécialiste Devil. Le poids varie de 175 à 190 kg suivant les types de circuits (aux 24h, par exemple, il est nécessaire d'avoir un démarreur, un alternateur renforcé et des phares à iode). La vitesse maximale, chronométrée sur le circuit de Clermont-Ferrand, est de plus de 250 Km/h.
Un toast avec Alain Genoud
Nous avons eu le plaisir de rencontrer Alain Genoud au salon Moto Légende de Paris en novembre dernier.Ce fût un moment particulièrement agréable car il était en train de fêter le 25 ième anniversaire de la 1135 Performance Réplica et il nous a invité pour un toast.
Compliment, Alain ! Tous mes vœux ainsi que ceux des nombreux italiens qui sont tes fans."
"Merci ! Compliment pour compliment je dois te dire que Moto Storiche a ici aussi de nombreux lecteurs qui apprécient ta revue "
Peux-tu me dire, pourquoi toujours cette passion pour les Kawasaki ?"
"Leurs 4 cylindres m'ont toujours plu. Il s'agit de moteurs exceptionnellement robustes et après toutes ces années de compétition je n'ai jamais eu de soucis. Et ils se prêtent facilement à des préparations. Bien qu'il s'agisse de moteurs à 2 soupapes, refroidis par air, ils représentent le développement technique le plus abouti de ce type de moteur.
On enregistre une certaine nostalgie pour les années 80 …
"C'est vrai, nous l'avons noté nous aussi. Les passionnés qui ont connu les émotions de ces années commencent à être de plus en plus nombreux et aujourd'hui nous avons le plaisir de les voir acheter à nouveau des motos de cette époque. Ces motos des années 80 sont agréables à conduire sur la route et se comportent également bien sur la piste, à l'inverse des machines des années 70 … "
Vous avez des demandes également pour des Godier Genoud ?
"Effectivement ! C'est un moment particulièrement émouvant. Nous avons beaucoup de clients qui désirent effectuer des restaurations de nos motos. C'est sous la poussée de cette demande que nous avons aussi commencé à réaliser les répliques. "
Bien, Alain, que ça continue comme ça et … merci pour le toast !
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